66/67/68 Mustang chabadabada…
Il existe un phénomène mystérieux qui chuchote “chabadabada-chabadabada”, qu’on ne peut saisir que dans un seul lieu : Deauville…, ou, été comme hiver, par beau ou mauvais temps, tous les couples s’aiment et sont élégants sur “les planches” le long de la plage.
Cette même plage accueille depuis 1966 les incessantes liaisons amoureuses… et gargarise sa mémoire de tendresse et de voluptés éphémères ou intarissables.
Car, de ce petit coin de Normandie, rejaillit les effluves suaves d’un amour de cinéma devenu mythique, embaumant les ballets des bien-aimés d’esthétique, d’équivoque et de sépia…
Des couples sans âge, s’y amusent de leur extraterritorialité amoureuse et de sensuelles caresses…
Ils sont atteints d’une affection quinquagénaire qui persiste et s’objective par le rituel délicat des mains enlacées…
Instant d’évanescence symbolique, un jeune homme tourne autour de sa dulcinée…
Il y a 44 ans, Claude Lelouch virevoltait dans le sable avec la même passion autour de Jean-Louis Trintignant et d’Anouk Aimée afin de raconter leur histoire : celle d’un homme et une femme.

Si nos paradigmes esthétiques se nourrissent inconsciemment de notre libido, quoi de plus définitivement beau qu’une courbe ?
Que celui qui ne s’est point retourné sur la démarche ondulante d’une beauté bottée oscillant du fessier me jette la première pierre !
Il fut pourtant une époque où arêtes vives et lignes tendues exerçaient un puissant attrait au point d’inspirer aux designers un futurisme d’équerre.
A la charnière des années ’60 et ’70, des hommes, comme Marcello Gandini ou Giorgetto Giugiaro réinventèrent ni plus ni moins que la beauté automobile.
Une beauté cunéiforme dont la brutalité formelle exacerbait puissance et vitesse sur fond de miracle économique et de foi positiviste.
Souvenez-vous donc, nostalgiques d’aujourd’hui, le futur, c’était hier.

En ces temps d’abondances où les courbes de croissance semblaient devoir monter au ciel, la conquête spatiale nourrissait une foi béate dans la technologie.
La voiture du futur s’exposait aux foules matérialistes lors des salons internationaux.
Les coulures de chrome et ventre mou avaient vécu, les lignes se tendaient un peu plus chaque année, mais c’est en cette fin d’année 1966, que Ford marqua un non-évènement en re-stylisant la Mustang née en 1964…
Ce fait ne marquera pas l’avènement d’une esthétique radicalement futuriste.
Pour les siècles des siècles, Orff implique Carmina Burana…, il n’y a rien de nouveau chez Erich Maria Remarque (il est toujours à l’ouest)…, Kafka se métamorphose à l’infini… et Lelouch rime ad-vitam-eternam avec chabadabada et cette quasi même voiture, dans cette quasi même version dans la quasi même configuration… (le film date de 1966, ma Mustang est de 1967) !
Ne manquait que la couleur blanche…
Ainsi abondent les créateurs (re-)connus que par une seule et unique œuvre, et le constat se vérifie aussi en automobile.
Pas d’AC sans Cobra, de De Tomaso sans Pantera et de Mustang sans “Un homme et une femme, chabadabada”… !
Définitivement, la Mustang recèle et symbolise à elle seule cette année-là.
Et pourtant, elle n’est qu’une évolution.
